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# BIBI SUR LA ROUTE EN HIVER

10 Décembre 2012 , Rédigé par Yay' Publié dans #ma vie mon oeuvre

# BIBI SUR LA ROUTE EN HIVER

Vendredi, j'avais rendez-vous dans un centre de contrôle technique pour la voiture du boulot.

Sur le papier : 25km

Sur le terrain : départ à 850m, passage par un col à 1400m et arrivée à 900m d'altitude. Ceci n'aurait pas d'importance si nous n'étions pas en plein hiver. Mais voilà. Un col à 1400m d'altitude en plein hiver, ce n'est pas pour n'importe qui !

Ca tombe bien, je ne suis pas n'importe qui. J'ai grandi dans un village à 900m d'altitude, la voiture du boulot a ses 4 pneus neige, ce ne sont pas ces quelques flocons et cette route blanche qui vont me faire reculer.

Je vérifie l'état des routes sur le site internet ad hoc ; la mienne ("mienne", façon de parler, il va sans doute falloir que je la partage !) est dessinée en jaune, autrement dit elle sera blanche mais ça passe. Oui, ne cherchez pas la logique dans le fait qu'une route blanche soit dessinée jaune ; si elle était blanche avec des congères méchantes, elle serait dessinée rouge. Et si elle était blanche avec une trop haute épaisseur de neige, elle serait rouge ET barrée, interdite, fermée, allez voir ailleurs m'sieurs dames.

On est en hiver et on ne me la fait pas : je pars avec de l'avance pour être sûre d'arriver à bon port à la bonne heure.

Je trouve effectivement une route blanche (donc jaune) mais ça roule à l'aise. Quelques kilomètres plus haut, je croise une connaissance au volant de son 4x4 qui me prévient que "Ouh la la, fais demi-tour, j'ai planté ma voiture, tu ne passeras pas !"

Ah. Si LUI me dit ça, c'est que je ne vais pas insister. Demi-tour donc.

Et re-demi-tour 5 minutes plus tard (si vous suivez correctement, je montais, je suis descendue et là, je remonte) car nous croisons le chasse-neige et décidons de faire la route derrière lui. Doucement mais sûrement !

A peine un kilomètre plus tard, je me dis que j'aurais mieux fait de laisser ma conscience professionnelle au vestiaire et rentrer au bureau : des bourrasques de vent soufflent la neige à l'horizontale coupant toute visibilité. Le 4x4 devant moi doit être à 2 mètres et je ne le vois même plus. Inutile de préciser que si je ne vois pas le 4x4, je ne vois plus non plus la route, pas plus que les piquets qui signalent les bords de route. Le vent plaque la neige sur le carreau côté conducteur et le rétroviseur. Je m'accroche au volant (comme si ça changeait quoi que ce soit de serrer plus fort le volant ! C'est aussi idiot que de soulever les épaules quand on marche sous la pluie : ça ne fait pas moins tomber les gouttes...) et je me rapproche du 4x4 pour perdre cette impression de fin du monde et de solitude.

Nous sommes tous bientôt arrêtés pour cause de force majeure : une camionnette dans le sens inverse du nôtre s'est plantée dans une congère empêchant tout le monde de circuler.

Ohé, y'a quelqu'un ?????????????

Ohé, y'a quelqu'un ?????????????

Ah ben oui, on est même nombreux !

Ah ben oui, on est même nombreux !

Il faut quantité de manoeuvres au chasse-neige pour dégager le véhicule, puis pour dégager un bout de route pour que l'on se croise. Il règne toujours une ambiance cataclysmique, me convainquant définitivement de rentrer au bureau.

Un bon quart d'heure plus tard, je profite d'une accalmie et de la traversée d'un sous-bois pour entamer ma manoeuvre et faire demi-tour. Je salue les autres conducteurs comme une reine, leur souhaitant bonne chance pour la suite de leur trajet et je quitte cet enfer.

Enfin ça, c'est ce que je croyais ! Car j'ai à peine fait 1 kilomètre que je me retrouve peu ou prou à l'endroit où la camionnette s'était bloquée, toujours avec cette impression de fin du monde due à la neige tombant à l'horizontal tellement elle est poussée par le vent. Je ralentis et finalement je m'arrête car un autre chasse-neige est en train de travailler : ils modifient le panneau "Col ouvert" pour le remplacer par "Col fermé" et ils créent une congère censée décourager tout passage. Je patiente un moment, le temps de m'assurer qu'ils m'ont bien vue et qu'ils ne vont pas emboutir ma voiture au hasard d'une marche arrière. Quand il me semble qu'ils ont fini de travailler près de mon passage, je passe la première et je reprends ma route.

Je roule très exactement à 2km/h et je ne le sais pas encore mais je suis en train de devenir une naufragée de la route : en voulant éviter la congère de gauche, je n'ai pas vu qu'il y avait une congère à droite et, subrepticement, furtivement, mollement, toute la roue est en train de plonger dedans.

Je me dis que MOI, pilote avertie, avec ma voiture à 4 pneus neige, je suis bien trop maline pour me faire prendre à ce piège idiot, qu'il n'est pas trop tard et qu'avec un peu d'élan, je vais me sortir de là sous les regards admiratifs des deux employés de la DDE presque au chaud dans leur grand camion à grands pneus renforcés par d'immenses chaînes.

DANS TES RÊVES !!!!!

Je passe la marche arrière. Pas un mouvement.

Je tourne le volant à fond, je passe la marche arrière. Pas un mouvement.

Je tourne le volant dans l'autre sens, je passe la marche arrière. Pas un mouvement.

Je vais pleurer. Non, ça ne sert à rien de pleurer. Et puis regarde, les agents de la DDE sont toujours là avec leur camion. Tant qu'ils sont là, il y a toujours un moyen de s'en sortir.

"Eh vous ne partez pas hein ?!!" m'entends-je crier dans la voiture.

Ah oui mais ils ne peuvent pas m'entendre...

Je sors constater l'étendue de mon problème : ah oui, j'ai bien un problème. La congère arrive au niveau du capot.

Si j'avais une pelle, j'aurais pu enlever la neige autour de la roue.

Ah oui mais je ne peux même pas accèder à la roue.

Je vérifie si les agents de la DDE qui continuent de tourner avec le chasse-neige m'ont vue mais c'est moi qui ne vois plus rien pour cause de lunettes embuées d'un côté et enneigées de l'autre.

Bon, je retourne à la voiture.

Ouf, ils m'avaient bien vu. Ils approchent la pelle du chasse-neige du capot pour dégager la congère. L'un des types descend, m'invite à passer la marche arrière et lui va pousser la voiture.

MON SAUVEUR !

Bbbbzzzzzzzzzziiizzzzzzzzzzzzzzzziiiiiiii

BZZZZZZZIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII

BZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII

Dans mes yeux, c'est un héros.

En réalité, ce n'est rien qu'un petit bonhomme de 90kg qui tente de pousser dans une montée une voiture de 1 tonne, voiture qui elle-même n'a aucune prise au sol, le tout dans une tempête de neige.

On a un problème.

C'est à ce moment de doute que de nouveaux héros choisissent d'arriver : un autre 4x4 avec 2 hommes à l'intérieur. Ils descendent, proposent de pousser.

Bbbbzzzzzzzzzziiizzzzzzzzzzzzzzzziiiiiiii

BZZZZZZZIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII

BZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII

"Vous allez sortir, je vais prendre le volant"

Ah oui. Sûrement que je fais quelque chose de pas correct pour que cette voiture ne bouge pas d'un iota.

Donc je sors.

En une minute, je suis trempée et gelée. Le vent fait se glisser la neige sous mon manteau mi-long pour me fouetter les fesses. J'ai tous mes cheveux devant les yeux tellement j'ai du vent dans le dos. Je me dis qu'il serait alors aussi bien que je me retourne : si j'étais face au vent, je n'aurais pas les cheveux devant les yeux.

Ah c'est sûr !!!! Je n'ai pas les cheveux devant les yeux. Mais le vent est tellement fort que je ne peux plus respirer et mes lunettes se plaquent d'une subtile couverture neigeuse empêchant, de toute façon toute visibilité. A choisir entre cheveux et neige, je prends les cheveux devant les yeux et me re-retourne.

Je m'éloigne pour que mes héros manoeuvrent la voiture sans s'inquiéter de m'éviter et c'est moi-même que je plonge dans une congère. Le mollet entier. Je me penche pour me sortir de là sans aggraver ma situation et c'est alors que je réalise que je suis en train de tremper mes bottes à 200€, bottes que je n'avais pas pris le soin d'imperméabiliser avant de partir pour cause de procrastination aigue.

Misère, elles sont déjà toutes mouillées. Elles ont changé de couleur. Si ça se trouve, le sel est en train de les bouffer et elles seront irrécupérables. Comment je vais pouvoir gommer des traces de neige salée sur des bottes en cuir ? Pourvu que j'aie ce qu'il faut à la maison !

"Il est où le compartiment de la roue ?" me demande mon héros.

Le compartiment de la roue ?? Pourquoi, il y a de l'imperméabilisant dedans ??

Ah non, ils veulent treuiller ma voiture et il faut trouver le bidule pour accrocher la corde. Je fais celle qui gère ça quotidiennement alors que je n'ai aucune idée d'où ça peut se trouver et encore moins à quoi ressemble ce que l'on cherche.

Devant mon héros, j'évite toutefois de perdre contenance, j'ouvre le coffre, je trouve le bidule (ça ne l'épate même pas !!) On accroche, le 4x4 recule et enfin, ma voiture retrouve l'axe de circulation normal.

Mon héros me rend le volant et m'invite à suivre ses indications : il va me faire me garer sur le côté mais pas trop en attendant... qu'ils dégagent la voiture juste devant.

Je me mets derrière le volant, je mets les essuie-glaces à fond, je vois toujours aussi mal. Ah oui, ce sont mes lunettes qui sont embuées et enneigées. Je baisse mes lunettes, c'est toujours aussi flou et blanc partout. Je suis myope. Je fais un mix avec lunettes/sans lunettes/avec lunettes/sans lunettes et je pile quand mon héros m'indique d'arrêter là. "Pas bouger femme !"

Et voilà. Je n'ai plus de problème. Maintenant, c'est le gars de devant qui en a un. Mon héros repart à la rescousse, en pull et sans gants.

# BIBI SUR LA ROUTE EN HIVER

Bon, c'est pas tout ça mais le temps passe. Ils réussissent à sortir l'autre conducteur mais ce dernier, en reculant, plonge dans une autre congère, il faut tout recommencer.

Tic tac tic tac.

Je vais prendre du retard dans mon boulot avec tout ça. J'aurais mieux fait de rester. Ou de faire demi-tour dès le début.

Et puis je commence à dégivrer : la neige devient de l'eau et quitte mes cheveux pour glisser... plouc... plouc...plouc... dans mon cou. Dans mon dos. Brrrrr. Si seulement en partant ce matin j'avais mis ma capuche dans la bonne voiture...

Pff, j'ai faim.

Et puis j'ai rien là dans la voiture, c'est tout resté au bureau.

Oh la la, j'ai envie de faire pipi.

Oui mais là, non, c'est juste pas possible.

Il faut qu'on s'en aille, je vais devoir faire pipi messieurs !! Dépêchez-vous de sortir cet incapable de sa congère !!!!!

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